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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 12:12

B.S

foto-FANCHON-197.jpgPoing leve 2

 

                                                                                   " EXISTER C'EST RESISTER "

                                                                      

                                                                               Danielle Mitterrand-copie-1

 

 

 

 

 

  COMMEMORATION 50 ANS DEJA !

 

  " Nous sommes morts parce que nos pères nous ont menti "

                                ( R. Kiplihg )

 

 

L’Algérie c’est la France Des millions de français ont été intoxiqués par ce slogan. Beaucoup y croyaient, d’autres doutaient, certains plus avisés sentaient le vent tourner et se disaient qu’une page était irrémédiablement tournée, que s’en était fini de la colonisation, qu’on ne pouvait admettre des pays en subordination, qu’ils avaient droit à leur émancipation. J’étais de ceux là. Cette affaire n’a été simple pour personne.

Le contingent à payé un lourd tribut.

J’ai participé à la guerre d’Algérie et je donne deux témoignages divergents d'amis rencontrés dans cette aventure.

 

Le premier émane d’un ami d’enfance.

 

DELLYS (Algérie) 9 janvier 1961

 

Cher Jean,

 

A la lecture de ta longue missive je fus très surpris de ton désarroi vis-à-vis des quelques phrases évasives qui avaient constitué ma première lettre.

Peut-être suis-je trop effacé du monde extérieur, peut-être n’as-tu pas compris mes pensées, mes aspirations, mais j’ose croire que je suis pénétré par ce que l’on appelle la vague de pessimisme qui engendre la monotonie et qui apporte dans nos cœurs cette haine, ce déchirement fatal.

Aussi par cette lettre, je vais tâcher de rattraper cette erreur ou ce jugement erroné qui a failli ternir notre merveilleuse amitié.

Je désire évidemment connaître les forces de la juste et digne liberté procurées par la vie active. Je ne veux aucunement songer aux évènements, pour moi tout est terminé, bien fini.

Tout ce qui constitue un arme, tout ce qui englobe et régit notre vie semble se manifester sous le joug du destin. Nul être humain n’est maître de soi. Il fait partie d’une société et se rallie à la majorité ; c’est ce que l’on appelle l’idée commune.

Semblable à un slogan, cette idée prolifère, chacun la cultive et petit à petit elle s’épanouit, elle croît.

Ainsi, la société renforce sa solidité, les faibles s’accrochent aux forts même si ces derniers font fausse route.

Voila cher Jean, je ne suis pas cruel, ni avide de gloire, loin de là. Pour moi la vie est semée d’embûches mais les constatations que j’ai pu faire au cours de ce long séjour en A F N m’a ouvert les yeux. Créer un mythe est une chose ridicule et j’estime que ceux qui croient au despotisme ou aux vénérations sont à plaindre.

Et suivant la logique, un peuple arriéré et faux n’a pas de place dans le monde actuel. Malgré les bontés, les aventures plus où moins légères avec une race qui atteindra un jour les sommets de la civilisation, je persiste à dire que la liaison dite fraternelle n’est pas possible. Et pourtant, cher Jean je puis t’avouer un secret. Je suis follement amoureux d’une étudiante en droit

Cette étudiante hélas est musulmane ! Ainsi tu peux te rendre compte que mes pensées aussi basses soient-elles, ne sont issues que de cruels souvenirs vécus il n’y a pas si longtemps.

Cher Jean, je me sens un peu fâché de t’affliger de mes tendances et pourtant je n’ose y croire. J’espère seulement que tu comprendras mon douloureux sentiment.

Restons de bons copains et dans notre prochaine correspondance nous tâcherons d’oublier ces amers souvenirs.

Reçois, bien cher Jean, mes sincères et meilleures amitiés.

Amitiés.

JEAN.

(J’attends avec impatience de tes nouvelles)

P.S. Je viens d’être nommé Maréchal des Logis ( Artillerie )

 

                            &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

La deuxième lettre est de Roger. On se trouvait ensemble au 25ième RIMA sur la frontière marocaine. Il faisait fonction d’instituteur dans un camp de regroupement organisé par l’armée, le village de Sidi Méchor.

A vrai dire son rôle exact était de surveiller la population, de rendre des comptes à l’armée.

Lui s’était impliqué à fond dans sa fonction d’instituteur et avait conquis la population, les enfants l’adoraient. J’ai été lui rendre visite une fois  et l’accueil fut très chaleureux. Jusqu’au jour où l’armée, qui entre nous n’avait rien à faire de l’éducation des enfants, attendait surtout des renseignements qui ne venaient pas, a mis fin à sa mission.

Roger était militant communiste.

Voici une de ses lettres reçue au lendemain de notre libération.

 

Aire sur Adour le 8 mars 1962

 

Bien cher Jean Claude,

 

Très heureux de recevoir ta lettre. Mais mon vieux tu ne dois pas t’excuser car j’ai plutôt l’impression que nous t’avons laissé tomber pour prendre une cabine. Durant la traversée, il nous fut pratiquement impossible de sortir et dans la bousculade du débarquement j’avais tant à faire pour garder mon équilibre que je n’ai pu regarder en arrière pour te chercher. Nous avons bien tenté de te retrouver. Nous nous sommes doutés que tu étais attendu au débarcadère nos recherches s’étant avérées vaines.

Je partage ton écœurement. Tu connais mes sentiments pour ne pas être étonné. J’ai rencontré quelques camarades. Combien ils m’ont paru étrangers ! Nous ne parlions plus le même langage. Ils l’ont l’avantage d’être au courant de l’actualité dans tous les domaines, (saut celui de la politique et vie civile) je ne le suis plus ; ils songent avec insouciance à l’avenir ; je m’interroge sans cesse ; seuls leurs plaisirs les accaparent, je m’efforce de ne pas oublier les malheureux que nous avons laissés là-bas. Un individu, de mes fréquentations d’antan, libéré il y a deux mois nous contait, il y a 3 ou 4 jours ses exploits guerriers en AFN. Il se vantait d’en avoir fait « chier à ses salauds de ratons que l’on devrait exterminer ». Je ne sais si ses propos avaient pour but d’impressionner les deux ou trois demoiselles qui nous écoutaient mais il est certain qu’ils eurent pour effet de me faire sortir de mes gonds, sans doute fit-il plus facilement figure de héros que moi, moi qui n’ai su user de mon ardeur que pour faire le procès des mille lâchetés commises par ces « braves » militaires français dont nous avons tous été témoins.

Comme nous nous y attendions Jean Claude, tous ces Messieurs ne veulent plus entendre parler de l’Algérie, ne veulent pas savoir ce qu’il y a encore à faire etc… ils n’écoutent les informations que d’une oreille distraite faisant d’avantage cas des chroniques mondaines que des négociations. Cette triste inertie face à la vie politique me dépasse. Pourquoi ont-ils peur de prendre des responsabilités ?... Aussi en ai-je vite terminé avec mes visites. Maintenant je me repose. Je ne fais absolument rien pour me remettre dans le bain de notre petite vie bourgeoise puisque le 12 mars j’embarque à Port-Vendres sur le « Président Cazalet » à destination d’Oran. J’arriverai lundi vers les 8 heures à Port-Vendres pour embarquer vers 10 heures. Puis-je espérer te voir à la gare de Perpignan ou bien au Port ?

Tu vois mon ami, « Cela » tient toujours. Je vais peut-être m’encrouter, vivre durement les premiers temps, mais j’aurai la satisfaction d’être en paix avec ma conscience en essayant d’aider ces pauvres gens. Là-bas au moins, je pourrai m’exprimer librement sans choquer quiconque. Je te tiendrai au courant de l’évolution de la situation ici, sois en sûr. Merci pour les photos, elles sont parfaites. A lundi donc, j’espère. Très sincères amitiés.

ROGER.

P.S. Dés mon arrivé à SIDI MECHOR je te communiquerai mon adresse.

 

J’ai gardé le contact avec Roger jusque dans les années 70.

 

                             &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

QUELQUES IMAGES DE GUERRE.

 

                         ALGERIE-1961.jpg

                            Patrouille en zone interdite.

Alg-rie---Barrage--lectrifi-.jpg                                   Barrage électrifié (5000 volts) disposé le long de la frontière    

 

Trac de propagande FLNTract relevé en zone interdite (action psychologique) à l'intention des troupes du F.LN. réfugiées au Maroc.            ALGERIE.jpgHaif-track détruit par une mine ennemie en zone interdite     

 

Poste militare en Algérie 

 

        Sidi Mechor

                             Village de Sidi Méchor

 

 

B.S.PAPADUB.jpg

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Published by Jean Claude Marty - dans HISTOIRE
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commentaires

Yvan Marty 24/03/2012 11:14

A propos de l'Algérie.
Surement une des pages de ton blog les plus émouvantes pour ton (tes) fils. De ces "évènements" , tu n'as jamais vraiment parlé. Et la dans ton blog tu révèles des courriers de tes copains.
Courriers dont la qualité littéraire est d'un niveau étonnant par comparaison avec notre époque.ces On voit bien en tout cas comment ces "évènements" ont contribué à façonner ta génération de
militants de gauche. Et comment aussi certains se sont perdus
e suis fier de la ligne de conduite que tu as pris et tenu depuis.
Reste que Laurent et moi aimerions, t'entendre, te lire, raconter tes "évènements" d'Algérie.
Bisous mon papa
Bon blog
Ps : bisous a maman qui a aussi partagé ses révoltes

Yvan

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